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Qu’est-ce qu’une liquette ? Origines et définition de cette chemise longue

femme en liquette

« Passe une liquette, on y va. » Vous avez sûrement déjà entendu cette phrase, ou vous avez retrouvé un vieux modèle à carreaux au fond d’une armoire familiale. Le mot est partout dans la bouche des Français, pourtant presque personne ne sait d’où il sort. Nous allons vous le dire, et vous verrez que l’histoire est moins lisse que le tissu.

Une liquette, c’est quoi exactement ?

Une liquette est un mot familier, voire populaire, pour désigner une chemise, le plus souvent masculine. L’Académie la classe comme terme populaire, le Robert et Linternaute confirment son usage familier. Dans le vocabulaire de la mode actuelle, le mot prend un sens plus précis : une chemise boutonnée seulement du col jusqu’au milieu de la poitrine, ample et plutôt longue.

Nous trouvons que le mot sonne plus vécu et plus tendre que « chemise ». Il évoque un vêtement porté, froissé, aimé, jamais repassé au cordeau pour un entretien d’embauche. Reste à savoir d’où il vient, et là, les dictionnaires se font étonnamment discrets.

D’où vient ce mot ? Une origine qui reste floue

Le Dictionnaire de l’Académie française se contente de dater le mot du XIXe siècle et d’indiquer une origine incertaine. Ce constat n’est pas de la paresse : plusieurs pistes coexistent, aucune n’a été prouvée. Voici celles que retiennent les ouvrages de référence :

  • une altération de l’argot limace, qui désignait déjà la chemise (attesté en 1725), avec un simple changement de suffixe ;
  • un sens champenois, celui d’un simple morceau d’étoffe, que le mot aurait conservé avant de glisser vers la chemise ;
  • l’hypothèse du linguiste Pierre Guiraud, qui le rattache au verbe franco-provençal liquer, variante de « lisser » au sens de repasser ou de glisser sur soi.
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Notre préférence va à la piste de la limace. Elle s’appuie sur un mot d’argot bien attesté, elle explique le sens exact, et la dérivation en « -ette » est banale en français. Mais nous ne prétendons pas trancher : personne n’a de certitude, et c’est ce qui rend le sujet amusant.

Les premières traces écrites dans l’argot parisien

Le mot entre dans les dictionnaires en 1878, avec le Dictionnaire du jargon parisien de Rigaud. D’autres ouvrages d’argot le reprennent ensuite : La Rue et Virmaître en 1894, puis Rossignol en 1901 et Hayard en 1907, toujours avec le sens de chemise. Il vivait alors dans la bouche des voleurs, des ouvriers et des faubourgs, loin des salons.

Une expression de l’époque en dit long : « décarrer le centre des liquettes », c’est-à-dire démarquer du linge, retirer la marque du propriétaire pour le revendre. Difficile d’imaginer plus éloigné de l’usage tranquille d’aujourd’hui. Mais pour comprendre ce parcours, il faut regarder le mot que la liquette a fini par remplacer dans la conversation.

De « camisia » à « chemise » : la famille du vêtement

« Chemise » descend du latin tardif camisia, dont le plus ancien exemple se trouve chez saint Jérôme. Il y désigne un vêtement de lin porté par les soldats dans les camps, et Littré y voit un mot du langage populaire. Autrement dit, la chemise aussi a commencé dans la rue, ou plutôt dans le campement.

Le plus curieux, c’est que son origine reste elle aussi obscure. Littré, s’appuyant sur Diez, évoque des pistes celtiques et arabes sans en retenir aucune, et conclut qu’on ne sait pas à quelle langue rattacher la racine cam. Le mystère de la liquette n’a donc rien d’exceptionnel : il est de famille.

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À quoi ressemble une vraie liquette aujourd’hui ?

Dans la mode actuelle, la liquette se reconnaît à sa patte de boutonnage courte, qui court de l’encolure jusqu’au milieu de la poitrine et compte généralement trois boutons. Comme elle ne s’ouvre pas jusqu’en bas, on l’enfile par la tête, d’où son nom anglais de pop-over shirt. Sa longueur lui permet aussi de se porter comme une robe.

Une confusion revient sans cesse : liquette et tunique ne désignent pas le même vêtement, même si leurs techniques de confection se ressemblent. Ce tableau aide à s’y retrouver :

VêtementCoupeFermetureLongueurOccasion
LiquetteAmple, décontractéeBoutons du col à mi-poitrine, passage par la têteMi-cuisse, parfois en robeQuotidien, été, week-end
Chemise classiqueAjustée ou droiteBoutonnage complet sur le devantHanchesTravail, cérémonie
TuniqueDroite ou évaséeVariable, souvent sans boutonnageHanches à mi-cuisseQuotidien, tenue d’inspiration ancienne

Les usages du mot ne s’arrêtent pas au vêtement de jour, et c’est là que l’histoire devient plus intime.

Liquette de nuit, liquette de papy, liquette de créateur

Le mot désigne aussi un vêtement de nuit léger, décliné en versions féminine et masculine. Linternaute rappelle par ailleurs qu’il s’applique surtout à la chemise d’homme, ce qui explique cette image de « chemise de papy » collée au terme. Nous l’assumons : c’est précisément ce côté un peu usé qui fait son charme.

Côté mode, la liquette revient par la petite porte. Des créateurs comme Marie Marot, ou Véronique Nichanian chez Hermès, la reprennent dans des formats amples qui mêlent « classicisme bourgeois et décontraction androgyne ». Wikipédia note toutefois que le terme semble tomber en désuétude. Selon nous, le mot vieillit, mais le vêtement, lui, ne demande qu’à revenir.

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Comment l’utiliser sans faire faux pas

Le registre reste familier. Dans un courrier professionnel ou un texte soutenu, préférez « chemise » ; dans une conversation entre amis ou un récit à la voix vivante, la liquette fait très bien l’affaire. Le mot a aussi laissé quelques tournures qui survivent : « être en liquette » pour « être en chemise », et cette formule relevée dans des textes du début du XXe siècle, selon laquelle les opinions, c’est comme les liquettes, il faut en changer de temps en temps.

Si vous cherchez des équivalents selon le contexte, voici ceux qui fonctionnent :

  • chemise, le terme neutre et universel ;
  • chemisier, pour la version féminine ;
  • limace, l’ancien mot d’argot, aujourd’hui presque disparu.

Retenez l’essentiel : une liquette se porte comme elle se dit, sans effort apparent.

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